INDIGEO (Accueil Chercheur de Haut Niveau junior)

Géographies autochtones : origines, développements et perspectives dans le monde francophone

Ce projet s'articule sur une reflexion de fond autour des implications géographiques de l'autochtonie et des modalités de constitution d'un champ de recherche sur la question territoriale autochtone en géographie.

Son objectif est de s'interroger sur l'intérêt que revêt l'approche géographique pour le traitement de la question autochtoneet, en retour, d'identifier les apports potentiels de l'étude des dynamiques territoriales autochtones pour la discipline géographique

Financement : Programme ANR-ACHN 2016

2016-2019 (4 ans)

Responsable Scientifique : Bastien SEPULVEDA, chercheur, Université de Lille

Equipe :

  • TVES  : Frédéric DUMONT, Eric GLON, Patrick PICOUET

 

Ces dernières décennies ont été les témoins d’une puissante résurgence autochtone sur la scène inter-nationale. Dans plusieurs régions, des représentants de différents peuples se sont activement mobilisés pour la défense de leur droit à l’autodétermination. Cette mobilisation s’est traduite par l’adoption de textes comme la Convention n°169 de l’Organisa-tion Internationale du Travail (OIT) en 1989 ou, plus récemment en 2007, de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autoch-tones, qui reconnaissent aux peuples autochtones une série de droits fondamentaux dont celui au territoire. La revendication de ce droit, fondé sur la reconnaissance des différents processus par lesquels les peuples autochtones se sont vus dépossédés de leurs territoires (au gré de l’expansion coloniale européenne d’abord, puis de la consolidation des territoires nationaux), occupe une place capitale dans l’argumentaire déployé par les représentants autochtones.

Au regard de ce contexte, le projet INDIGEO vise à développer une réflexion de fond sur les implica-tions géographiques de l’autochtonie et les modali-tés de constitution d’un champ de recherches autour des géographies autochtones. Il s’agira, plus spéci-fiquement, de tracer une généalogie de l’intérêt pour l’autochtonie en géographie et d’identifier les séquences éventuelles ayant pu marquer cette évo-lution. Une telle réflexion cherchera à établir une série de différenciations davantage liées à des ques-tions de formation disciplinaire, d’héritages intel-lectuels et d’appartenance à différentes écoles ou courants de pensée. On se demandera ainsi dans quelles régions du monde, depuis quand, et de quelles manières les géographes ont abordé l’au-tochtonie, et ce que ces différents travaux ont ap-porté à la discipline.

Une attention particulière sera portée, à cet égard, au développement des géographies autochtones dans le monde francophone, où contrairement au monde anglo-saxon notamment, l’intérêt pour la question territoriale autochtone est encore em-bryonnaire. En France, plus spécifiquement, on ne dispose à ce jour d’aucun espace ou structure de référence permettant d’encadrer, orienter et pro-mouvoir le développement des géographies autoch-tones, et ce malgré l’intérêt croissant porté à l’au-tochtonie par une jeune génération de géographes. Par ailleurs, aucune recherche de caractère épisté-mologique n’a pour l’instant été menée quant aux origines et modalités de formation de ce champ d’investigation, ni permis par conséquent de systé-matiser et valoriser les apports potentiels d’une approche géographique de l’autochtonie. C’est précisément ce défi que propose de relever le projet INDIGEO, dont la mise en oeuvre s’articulera au-tour de trois grandes tâches complémentaires.

La première tâche s’attachera à dresser un bilan global de l’intérêt des géographes pour la question territoriale autochtone dans les différentes régions du monde. Elle posera le contexte servant de cadre à la seconde tâche qui visera à préciser l’apport spécifique des géographes francophones à la consti-tution des géographies autochtones. Cette tâche sera de la sorte partiellement imbriquée dans la précédente, avec laquelle elle partage un même intérêt épistémologique autour de l’émergence des géographies autochtones. La troisième tâche consti-tuera quant à elle le volet empirique du projet. Elle s’intéressera aux implications concrètes des reven-dications territoriales autochtones et à l’utilité de la géographie à cet égard, en se focalisant sur le cas de la France dans ses extensions ultramarines. La Nouvelle Calédonie, la Polynésie Française et la Guyane Française, bien que sous des statuts diffé-rents, sont effectivement des territoires français où la question autochtone se pose de façon évidente.

Si une réflexion de fond autour des géographies autochtones s’avère nécessaire, elle revêt donc un intérêt particulier en France, où son développement pourrait contribuer à la résolution d’importants conflits qui engagent l’Etat sur le plan politique. En (re)pensant la question territoriale autochtone et ses implications, ce projet ambitionne ainsi de contri-buer à la définition d’un cadre d’action pour le déploiement d’une politique autochtone en phase avec les réalités locales et les attentes des popula-tions auxquelles elle s’adresse. A ce titre, des re-tombées concrètes sont attendues sur les conditions et le cadre de vie des peuples et communautés au-tochtones de l’outre-mer français.

Le projet INDIGEO est financé dans le cadre du programme Accueil de Chercheurs de Haut Niveau (ACHN) de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) pour la période 2016-2020.